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Une histoire racontée par André POCHON

André Pochon est un conteur né. Il mêle son histoire personnelle à l'histoire de l'intensification malheureuse de l'agriculture.
Mise à jour le 10 novembre 2011
 

"Nous étions pauvres mais pas miséreux" - Le Cheval d’orgueil, de Pierre Jakez Hélias. André Pochon commence son récit en décrivant son enfance à la ferme, en Haute Cornouaille, dans les années 30. Nous sommes tous sortis éclairés de sa conférence du 9 novembre, tenue à l’Inra de Petit-Bourg.

 

"La vie était rude. Pas de chauffage hormis une grande cheminée. Le sol en terre battue, pas de sanitaires, la toilette le bout du nez dans une cuvette. Près de 2 kilomètres à travers champ pour rejoindre la route empierrée. Mais de très bons souvenirs de cette enfance passée dans le village, constitué d’une centaine de personnes regroupées dans quelques fermes. On cultivait l’orge, les pommes de terre. On élevait des vaches pour vendre le beurre et la crème, et on donnait le lait écrémé aux cochons".

André Pochon analyse en racontant. Comment la paysannerie a-t-elle évolué dans sa région après la guerre de 39-45 ?

Les premières idées de modernisation ont été rapportées par les prisonniers de guerre, qui avaient vu des exploitations plus modernes en Allemagne. A la Libération, la nouvelle génération profite d’un enseignement rudimentaire d’agriculture, rendu obligatoire par le gouvernement pour toucher les allocations familiales !

Puis, un mouvement d’éducation populaire est créé pour sortir le monde paysan de son état de "sous-développement" et "d’infériorité". Ce sont les "Jeunesses Agricoles Catholiques", au sein desquelles André Pochon apprend beaucoup. Ce mouvement prônait le regroupement d’exploitations en communautés, en se basant sur le postulat que les petites exploitations n’étaient pas viables. Postulat réfuté par l’expérience d’André Pochon.

Ce dernier s’implique dans les CETA : les Centres d’Etudes Techniques Agricoles" dont le principe est simple : il s’agit de coopératives d’idées, sous la forme de groupes de 15 à 17 copains agriculteurs, qui se retrouvent tous les mois les uns chez les autres. On partage ses expériences, réussites ou échecs. On visite les exploitations qui marchent. On fait venir les chercheurs de l’Inra. On finit par avoir un technicien à temps partiel. Et on reçoit même la visite de René Dumont, qui écrira un livre nommé "Révolution dans les campagnes françaises"

Ces échanges font boule de neige au niveau régional et national. Dans le CETA d’André Pochon, dans les années 50 à 60, on sait maintenant
- comment élever le niveau de fertilité des sols,
- mieux nourrir les animaux en leur apportant des protéines : c’est ainsi que la culture de la féveroles a été initiée,
- comment nourrir les génisses...

La grande révolution est venue de l’Inra : la révolution fourragère.
"Regardez-bien vos vaches : une barre de coupe à l’avant, un épandeur à l’arrière". Le message était simple : développez des prairies à graminées et légumineuses dans vos exploitations, nourrissez vos vaches dessus.

Et ça marche. Le niveau de vie des agriculteurs augmente. Nous sommes en 1960. Malgré le développement, "pas un pet de nitrates dans les eaux à cette époque".

"Le confort est arrivé chez nous. Le parquet, le dallage, le chauffage, des chambres, y compris la télé, mais ça c’était pas un progrès... Figurez-vous même que nous avons acheté une une 2 CV Citroën flambant neuf !"

En moins de deux ans, le système bascule vers une agriculture productiviste. Au lieu de nourrir les vaches à l’herbe, le maïs fourrage est préconisé par tous, y compris par l’Inra. Les agriculteurs se spécialisent. Passent des porcheries sur litière aux porcheries sur caillebotis intégral. "La politique agricole commune garantit les prix, on peut donc produire tout ce qu’on veut, n’importe où n’importe comment".

"Ca aurait dû nous mettre la puce à l’oreille ces mauvaises odeurs de lisier, cette souffrance des animaux entassés, les cochons sans queue !". Et pourtant, presque tous cèdent à la frénésie de l’agrandissement. Il s’en est suivi les dérives que l’on connaît maintenant : pertes de fertilité des sols, pollutions des eaux aux nitrates, prolifération d’algues vertes...

André Pochon conclut par des chiffres : il est possible de maintenir une exploitation durable, qui nourrit son homme, en revenant aux principes agronomiques de base. Il est à l’origine de l’élaboration d’un cahier des charges de l’agriculture durable en Bretagne. Malgré les contraintes, le revenu est plus conséquent qu’en agriculture traditionnelle.

A lire de toute urgence :

- Les champs du possible - A. Pochon - Editions Syros La Découverte - 1999.
- Les sillons de la colère : La mabouffe n’est pas une fatalité - A. Pochon, préface de J.-M. Pelt - Editions La Découverte Poche - 2001.
- Agronomes et paysans : Un dialogue fructueux. A. Pochon - Editions QUAE - 2008.
- Le scandale de l’agriculture folle : Reconstruction de la politique agricole européenne - A. Pochon, préface de N. Hulot - Editions du Rocher - 2009.