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Pollution par la Chlordécone

Quelles perspectives de recherches sur la chlordécone à l'INRA ?
Mise à jour le 30 septembre 2016
 

Depuis le début de la crise chlordécone aux Antilles en 1999, l’INRA s’est investi dans des recherches visant à comprendre le problème, et à réduire les impacts de cette pollution durable. Cette fiche résume les connaissances, et les thématiques abordées par l’INRA, et met l’accent sur les actions engagées depuis 2012, sur le suivi de la contamination des écosystèmes par la chlordécone, mais également d’une façon plus large par l’ensemble des pesticides utilisés en agriculture.

 

En Guadeloupe et Martinique, les bananeraies ont été conduites jusqu’à une époque récente comme des monocultures intensives. Pour lutter contre le charançon du bananier Cosmopolites sordidus, des insecticides organochlorés ont été apportés en abondance : dieldrine et hexachlorocyclohexane (HCH) jusque dans les années 70, actuellement en fin de lessivage et de dégradation, puis chlordécone de 1972 à 1993. Cette molécule a pollué les sols pour des décennies.

L’analyse systématique, à partir de 1999, de la chlordécone dans les contrôles de qualité des eaux distribuées pour la consommation, a mis en évidence une forte contamination de certaines sources localisées dans les zones bananières.

La délimitation des zones à risque de contamination a été réalisée pour la Guadeloupe et la Martinique. Elles couvrent 20% des terres cultivées en Guadeloupe et 40% en Martinique.

La molécule est peu mobile. Les sols riches en matière organique la retiennent fortement. Sa persistance est donc longue, d’un à quelques siècles selon les sols. Elle ne se dégrade pas dans les sols aérés, seules les eaux de percolation peuvent la dissiper, entrainant alors très rapidement la contamination des rivières, des nappes phréatiques et du milieu marin.

La contamination peut donc affecter les végétaux, et les animaux terrestres, aquatiques et marins.

La chlordécone a ensuite été recherchée dans les légumes racines (2002), la faune des rivières (2003-2004) et la faune marine (2008).

La présence de chlordécone dans des plantes alimentaires dont on consomme les organes souterrains a conduit à des arrêtés préfectoraux. Ces arrêtés ont subordonné depuis 2003 la mise en culture de ces plantes à une analyse de sols. Si les sols sont contaminés, la commercialisation de ces productions n’est autorisée qu’à condition que le taux de chlordécone dans le végétal soit inférieur à la limite maximale de résidu (LMA). Cette LMA est définie par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA).

Les recherches conduites par l’INRA, souvent en collaboration avec le BRGM, le CIRAD, l’IRD et de l’université des Antilles, concernent :

- L’étendue des contaminations
- Les solutions de gestion ou reconversion des sols contaminés
- Les risques de transfert de la chlordécone vers les plantes, la faune des rivières et les animaux d’élevage.
- La mise au point des systèmes de culture limitant ces transferts.
- Le transfert dans les filières de production animale
- La bio-dépollution des sols

Sur le plan environnemental, l’INRA s’est particulièrement investi dans la mise en place d’un dispositif de bassins versants instrumentés pour le suivi de la contamination des écosystèmes par la chlordécone mais également d’une façon plus large par l’ensemble des pesticides utilisés en agriculture.

Le dispositif, mis en place entre 2012 et 2013, a été financé par l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi). En Guadeloupe, il est constitué par deux bassins versants : rivière Pérou et rivière des Pères, sur la commune de Capesterre Belle-Eau. Ce dispositif d’observation a pour objectifs :

- Identifier et de mieux comprendre les mécanismes de transfert des pesticides dans les sols et les eaux.
- Suivre dans le temps l’évolution des niveaux de contamination des sols et des eaux .

Enfin, afin de permettre le maintien d’une production bananière propre, dès la découverte de cette pollution, l’INRA a recherché des solutions pour limiter au maximum l’usage des engrais et des pesticides en axant ses recherches sur :

- L’utilisation de cultures associées à la banane. Les légumineuses sont de bonnes candidates car elles fournissent un complément d’azote au sol tout en sécrétant au niveau de leurs racines des substances toxiques pour les nématodes qui s’attaquent aux bananiers.
- La modélisation du ruissellement de la pluie sur les bananiers et sur les sols de bananeraie afin de la diminuer le lessivage des engrais apportés à cette culture et de lutter contre l’érosion des sols.
- Le suivi de l’évolution de la molécule de chlordécone dans les sols et la compréhension de son transport par les eaux de ruissellement à la surface du sol et dans les rivières.
- La valorisation des sous-produits de la banane et l’intégration de cette culture dans des systèmes de production animale innovants.