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L’innovation à la ferme

L'agriculteur au centre de la co-construction pour l'innovation dans le cadre de l'agro-écologie.
Mise à jour le 11 février 2021
 

« Je me bats pour que les fermes soient capables d’innover. Mais, l’innovation n’est pas gratuite. »
Ces propos sont ceux de Christophe Latchman, agriculteur, installé depuis 2005 au Lamentin, et lauréat en 2020 du concours Agreen Startup avec son projet « Trichogram’Revive ».

 

Il a très tôt fait le choix de l’agriculture biologique. « Je me rappelle avoir grandi dans une zone bananière, réveillé chaque matin par les odeurs de pesticides. Plus tard, au cours de mes études au Lycée agricole, j’ai appris à utiliser les cocktails chimiques comme moyens de contrôle phytosanitaire. Mais, honnêtement, je me voyais mal recommander ces produits aux agriculteurs que j’aurais à encadrer. »
Pour parfaire ses compétences, Christophe a décidé de parcourir plusieurs pays et se nourrir d’autres expériences. C’est ainsi qu’il s’est exercé à l’agro-écologie aux Etats-Unis, en apprenant à manager une ferme sans avoir recours aux pesticides. Lors de séjours à Cuba, au Costa Rica et au Panama, il s’est intéressé à la polyculture/élevage. Il a ainsi observé que dans diverses régions tropicales l’objectif semblait être de réunir des cultures différentes au sein d’une même exploitation. Ce concept, mis en lumière par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA, devenu INRAE*) a été davantage accentué dans le cadre de l’agro-écologie.
« Pendant longtemps, l’agriculture guadeloupéenne a fonctionné avec des Plans. Mais certains ont eu du mal à prendre car souvent basés sur des monocultures. Par exemple, quand je me suis installé, il était beaucoup question du Plan Agrumes. Ce dernier a montré ses limites et a fini par se casser la figure avec le problème du Citrus Greening. En fait, le principe du mélange de cultures semble mieux adapté au contexte local, un peu dans l’esprit du jardin créole. »
Tout au long de son parcours, Christophe s’est intéressé au rôle joué, à l’époque, par l’INRA. « J’ai beaucoup appris des anciennes équipes scientifiques de l’INRA. Des personnes comme Armel Toribio, Maurice Clairon, Yves-Marie Cabidoche, Jean Etienne, Louis Fahrasmane, Harry Archimède, Gisèle Alexandre, Alain Xandé et d’autres ont été généreux de leur temps et de leur savoir. J’ai aussi appris sur la démarche systémique de l’INRA. J’ai trouvé profitable l’interaction entre les agriculteurs – l’exposé de nos problématiques et de nos réalisations – et la recherche. Par exemple, l’approche polyculture/élevage, dans le cadre du projet AGROECODIV de la micro ferme conduite par Audrey Fanchone, a été l’occasion de mettre en synergie les connaissances empiriques et scientifiques. J’ai vécu la même expérience, mais à un degré moindre, avec l’équipe de la micro ferme Karusmart, liée au projet EXPLORER . »
Dans le milieu agricole, l’institut suscite des attentes et apparaît comme un partenaire incontournable en termes de prospective et de proposition de modèles d’aide à la décision des politiques.
Les défis sont nombreux mais l’accompagnement technique disponible semble s’effriter. Et Christophe Latchman de confirmer : « Nous déplorons de disposer, aujourd’hui, de peu d’accompagnement technique et scientifique. Au niveau de l’INRA, les moyens surtout humains ont diminué. Il n’y a plus d’entomologistes ni de bactériologistes. Des structures précieuses pour les agriculteurs ont également disparu. C’est le cas du CRITT-BAC** qui aidait les agro-transformateurs, et du LAPRA# qui facilitait, à coûts plus abordables, les analyses de sols. »
Qu’en est-il de l’innovation ? « Aujourd’hui on assiste à une traque à l’innovation où certains veulent
profiter des travaux mis au point grâce à la sueur des agriculteurs mais sans véritable reconnaissance pour eux. Pourtant, en termes d’innovation, je crois qu’il y a beaucoup de bénéfices à tirer en collaborant avec les agriculteurs dans une démarche de recherche participative. Mais la chose a du mal à se mettre en place dans les grands instituts. En outre, dans les projets de co-construction, il faut respecter l’éthique. Il est fondamental, et j’y tiens, que les noms de tous les concepteurs apparaissent. »
Quel regard jette-t-il sur les projets à venir, qui sollicitent la contribution des agriculteurs ?
« Il faut que ces projets soient de plus en plus d’utilité publique en intégrant aussi l’utilité pour le milieu. »


*Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement
** Centre régional d’innovation et de transfert de technologie biotechnologie et agro-industrie de la Caraïbe
# Laboratoire professionnel régional d’analyses

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