Canne 3000

Stabilisation du jus de canne, un exemple de transfert abouti
Mise à jour le 2 août 2011
 

Installée depuis janvier 2008 sur la commune de Sainte Rose, en Guadeloupe, la société KANASAO, exploite un brevet de l’INRA pour stabiliser le jus de canne frais. Avec un million de litres écoulés par an sur le marché local, la société poursuit son développement et lance un programme d’investissement lourd destiné à multiplier par dix sa capacité de production à l’horizon 2012.
KANASAO : un jus 100% naturel, sans additif, ni conservateur

 

Son goût ressemble à s’y méprendre au jus de canne fraichement broyée. Seule sa couleur trahit l’intervention du nouveau procédé développé à la fin des années 90 par l’INRA. Le jus KANASAO est d’une couleur jus de pomme pâle cristallin, là où les boissons traditionnelles tirent davantage sur le brun-verdâtre. Mais sa principale différence est ailleurs : il se conserve jusqu’à 12 mois dans son emballage contre quelques heures à peine pour la version classique, proposée le long des bords de routes.

Car si le jus de canne frais n’a jamais trouvé sa place dans les linéaires guadeloupéens, ce n’est pas par absence de marché mais bien parce que le secret de sa conservation n’avait jamais été percé jusqu’à présent.

Particulièrement prisé dans la Caraïbe mais également en Asie du Sud Est et en Amérique latine, le jus de canne est naturellement riche en vitamines et minéraux. La nouvelle unité de production de l’entreprise KANASAO est dotée d’une capacité de production de 5000 litres par jour et alimente depuis juillet 2008 le marché local.
Fort de ce succès, les créateurs de la société ont lancé de nouveaux investissements pour doubler cette capacité de production d’ici un an et prévoient déjà la construction d’une nouvelle usine dans les trois ans à venir. Objectif : satisfaire les attentes du marché des DOM – la Martinique et la Guyane toutes proches - et s’ouvrir au marché international.
Un projet porté par des acteurs de terrain complémentaires.
KANASAO, c’est l’histoire de cinq personnes, trois agriculteurs et deux entrepreneurs, réunis par une même envie : pérenniser la filière canne à sucre dans les DOM, mais surtout réussir à imposer ce produit comme un ingrédient incontournable dans l’industrie agro-alimentaire.

Le catalyseur.
L’alchimie qui s’opère relève d’une part de hasard comme dans tout projet de ce type, et d’un catalyseur, Mme Célestine-Myrtil-Marlin, actuelle présidente du Centre INRA Antilles-Guyane.

Les débouchés commerciaux.
La totalité des cannes à sucre plantées n’étant pas utilisées, faute de possibilité de transformation, elle fait appel à Moïse Augis afin de trouver des débouchés commerciaux au brevet inventé par les chercheurs INRA du Centre. Celui-ci fort d’une expérience réussie dans la création d’entreprise technologique a répondu favorablement à cette demande. "J’ai toujours eu la volonté de développer une activité économique autour de la canne, que ce soit par le rachat d’une distillerie ou autre. L’idée de produire du jus de canne frais m’a tout de suite séduit" souligne le co-fondateur de la société KANASAO. "Je savais le marché important et il me semblait possible de maîtriser rapidement la technologie. Quant à trouver des partenaires financiers et industriels, j’avais déjà acquis une solide expérience en la matière".

Les partenaires agricoles.
De son côté, Frédéric Loret, ancien directeur d’une société de matériel agricole très impliqué au niveau local et Mme Rangassamy, agricultrice, se préoccupent de l’avenir inquiétant de la filière canne à sucre en Guadeloupe. Avec 2 autres collègues agriculteurs gérant plusieurs centaines d’hectares, ils cherchent tous les 4 à identifier des débouchés innovants et économiquement viables autres que les traditionnels sucre et rhum. De leurs discussions avec l’INRA et de leur rencontre avec Moïse Augis naîtra la société Kanasao (anciennement Canne 3000), officiellement en janvier 2006.

L’exploitation commerciale.
Pour les 5 partenaires, l’aventure commence alors. Deux années de tests sont nécessaires avant d’exploiter commercialement le brevet. Il s’agit de s’approprier pleinement les résultats de recherche de l’INRA et de dépasser le stade du laboratoire, pour passer au pilote industriel, rendu opérationnel dès le mois de juillet 2008. Au total, le projet aura nécessité un financement global de 4 millions d’euros et bénéficié d’une aide de la région Guadeloupe de 370 K€, dont 120 K€ pour la recherche. Il faut cependant, noter que la difficulté réside dans la capacité à financer les différentes étapes du développement du projet.

Les perspectives de développement.
Puis la phase d’optimisation et de production a suivi en cours d’année 2010. Sept mois de travail acharné, sans la moindre production commerciale ont été nécessaires. Aujourd’hui la société est prête à introduire sur le marché une large gamme de produits 100 % naturel, sans sucre ajouté, à base de jus de canne tel que des iced-teas, des mixe fruités, des « Organic Cane Sodas »…

Des travaux qui se poursuivent avec l’INRA.
Actuellement, la coopération de KANASAO avec l’INRA se poursuit à travers le développement de nouveaux produits. Les travaux conduits en partenariat avec l’Unité Expérimentale de Pech Rouge (Narbonne) portent plus précisément sur la fermentation contrôlée de produits à base de Kanasao.

Des initiatives naissantes à l’international.
Le marché global de Kanasao se trouve plus à l’international qu’au niveau local. Les dirigeants de l’entreprise ont comme objectif de positionner ce produit plus comme une marque de produits universels que de produits « exotiques ». Pour réussir cet exercice, le marketing et le « développement produit » sont deux paramètres fondamentaux. Aujourd’hui des discussions sont en cours pour l’implantation de cette technologie au Brésil et en Inde. La canne ne pousse en effet toujours pas en Europe !